- Ensemble
- Depuis neuf ans
- Enfants
- Deux, 7 et 3 ans
- Ville
- Nantes
- Aujourd’hui
- Un an et demi après
Histoire illustrative : prénoms et détails inventés, à partir de situations fréquentes.
Chez Élodie et Julien, la crise s’est installée sans bruit. Ensemble depuis neuf ans, parents de Léon, 7 ans, et de Margaux, 3 ans, ils racontent chacun leur tour.
Comment la crise s’est installée
Julien : On était à Montreuil, dans un deux-pièces. On m’a proposé un poste à Nantes et on s’est dit : une maison avec un jardin, moins de transports, plus de temps pour les enfants. Sur le papier, c’était parfait.
Élodie : Sauf que j’étais enceinte de Margaux, et que j’ai lâché mon boulot à Paris en me disant que j’en retrouverais un vite. Ça a pris beaucoup plus longtemps que prévu. Je me suis retrouvée à la maison avec un bébé, dans une ville où je ne connaissais personne, avec un crédit calculé sur deux salaires.
Julien : Moi, je devais faire mes preuves au boulot, je rentrais tard. Dès qu’Élodie parlait d’argent, j’entendais un reproche, alors je répondais à côté.
Élodie : On ne se disputait même pas. On ne se disait plus rien. Le soir, chacun sur son téléphone ; le week-end, les courses et les travaux. On tournait comme une petite entreprise, mais on ne se regardait plus.
Le déclic
Élodie : Julien partait deux jours par mois à Lyon. Un soir, je l’ai regardé faire sa valise et je me suis sentie soulagée. Ça m’a fait peur.
Julien : Elle me l’a dit à mon retour, sur la terrasse, très calmement : « Je crois que je t’aime de moins en moins, et ça me fait peur. » Je n’avais rien vu venir. Enfin si, mais je ne voulais pas le voir.
Élodie : Et il ne s’est pas défendu. Il m’a juste demandé : « Depuis quand ? »
Ce qui les a aidés
Julien : C’est le médecin d’Élodie qui nous a parlé d’une conseillère conjugale. J’y allais à reculons, je m’attendais à ce qu’on me fasse la liste de mes torts. En fait, elle nous a fait raconter le déménagement, chacun son tour. Là, j’ai compris qu’Élodie avait tout perdu d’un coup : son travail, ses amis, sa ville. Moi, j’avais juste changé de bureau.
Élodie : Et moi, j’ai compris que s’il fuyait les discussions sur l’argent, c’est qu’il avait peur qu’on se soit plantés avec cette maison. Il n’osait pas le dire.
Julien : Maintenant, on fait les comptes ensemble une fois par mois. Avant, je gérais tout seul, et Élodie découvrait les problèmes en même temps que les prélèvements.
Élodie : On s’est aussi gardé un soir par semaine : les enfants couchés, pas d’écran, un verre sur la terrasse. Au début, c’était presque gênant, on ne savait plus de quoi parler à part des enfants.
Où ils en sont
Élodie : La terrasse, c’était il y a un an et demi. J’ai retrouvé un mi-temps quelques mois après, et je me suis fait deux copines au parc. On n’est pas redevenus le couple d’avant. On est un autre couple, un peu plus solide, je crois.
Julien : On se dispute encore sur l’argent : elle veut mettre de côté, moi je veux finir les travaux. Ça ne se réglera sans doute jamais. Mais maintenant, on en parle, au lieu de se faire la tête pendant trois jours.
Ce que disent les recherches sur la crise de couple
Ces recherches sont surtout américaines et décrivent des tendances générales, pas votre couple en particulier.
L’arrivée d’un bébé secoue souvent le couple. Une étude d’Alyson Shapiro, John Gottman et Sybil Carrère, publiée en 2000, a suivi 82 couples de jeunes mariés pendant quatre à six ans. Parmi les femmes devenues mères pour la première fois, 67 % disaient être moins satisfaites de leur couple qu’au début, contre 49 % de celles qui n’avaient pas eu d’enfant. Ce qui protégeait les couples : l’affection de l’un pour l’autre, le fait de s’intéresser à la vie de l’autre et de voir les problèmes comme quelque chose à régler à deux.
Beaucoup de problèmes reviennent toujours. D’après les recherches de John Gottman, publiées par son institut, environ deux tiers des problèmes d’un couple sont « insolubles » : ce sont des désaccords qui reviennent, encore et encore. Ça ne condamne pas le couple, et le tiers restant peut se régler. Pour les premiers, l’institut conseille de ne plus s’épuiser à les résoudre et d’en faire un sujet de dialogue, comme Élodie et Julien avec l’argent.
Le mépris est un signal d’alarme. Le Gottman Institute décrit quatre attitudes qui, selon ses recherches, laissent prévoir la fin d’une relation : la critique, le mépris, l’attitude défensive et le repli, quand l’un se ferme et ne répond plus. Des quatre, c’est le mépris (sarcasme, moqueries, yeux au ciel) que l’institut présente comme le signe le plus fortement lié au divorce. Si chez vous la crise se traduit surtout par des disputes, voyez notre article sur la dispute de couple.
Les signes qu’une crise de couple demande de l’aide extérieure
Une mauvaise passe ne demande pas toujours d’aide extérieure. Certains signes méritent quand même qu’on s’y arrête :
- Vous ne parlez plus que d’organisation : enfants, courses, factures.
- L’un de vous se sent soulagé quand l’autre n’est pas là.
- Les mêmes disputes reviennent et finissent toujours de la même façon.
- L’un de vous pense à la séparation, même sans l’avoir dit.
- Il y a eu une infidélité ou un gros mensonge, et la confiance ne revient pas.
- Les enfants sentent la tension, ou posent des questions.
Si la crise vient d’une infidélité, notre article pardonner une tromperie en parle plus en détail.
Crise passagère ou fin de l’histoire ?
Aucun article ne peut répondre à votre place, mais quelques questions aident à y voir plus clair. Est-ce que vous avez encore envie, tous les deux, que ça marche ? Est-ce qu’il reste de la tendresse, même enfouie, ou surtout de la rancœur ? Est-ce que la crise est liée à une période précise, comme un déménagement, une naissance ou une perte d’emploi, ou à quelque chose de plus ancien ?
Une crise liée à une période peut s’apaiser quand cette période se termine, à condition d’en parler en attendant. Et si l’un de vous a déjà décidé de partir, un conseiller conjugal peut aussi aider à se séparer sans tout casser.
Ce qui peut aider
- Le dire, calmement. Sans accuser l’autre.
- Écouter avant de se défendre. « Depuis quand ? » ouvre la conversation, là où « Et toi, alors ? » la ferme.
- Parler d’argent à deux, à date fixe. Plutôt qu’à chaud, à chaque prélèvement.
- Retrouver un moment rien qu’à vous deux. Court, régulier et sans écran, même si c’est gênant au début.
Et si l’autre ne veut pas en parler ?
Il arrive qu’un seul des deux veuille agir. Choisissez un moment calme et parlez de ce que vous ressentez (« tu me manques », « j’ai l’impression qu’on s’éloigne ») plutôt que de ce que l’autre fait de travers. Proposez un premier pas modeste, comme une soirée à deux ou un seul rendez-vous chez un conseiller, plutôt qu’une thérapie « pour sauver le couple ». Et si l’autre refuse, rien ne vous empêche de consulter de votre côté pour y voir plus clair.
Et les enfants ?
Même quand on fait attention, les enfants voient souvent que ça ne va pas. Gardez vos disputes pour les moments où ils ne sont pas là, et ne leur demandez pas de prendre parti ni de faire passer des messages. Dites-leur simplement, avec des mots de leur âge, que ce sont des histoires de grands et que ce n’est pas de leur faute. Et gardez autant que possible leurs habitudes : l’école, les repas, le rituel du coucher.
Quand consulter
Pas besoin d’en être au bord de la rupture. Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces signes, un psychologue, un psychothérapeute ou un conseiller conjugal peut vous aider à comprendre ce qui se passe entre vous. Notre guide sur la thérapie de couple explique qui consulter, ce que ça coûte et si c’est remboursé.
S’il y a des violences dans le couple, qu’elles soient physiques, verbales, psychologiques ou économiques, la thérapie de couple n’est pas adaptée. Commencez par les numéros indiqués plus bas.
Questions à se poser à deux
Choisissez un moment calme, sans les enfants, et répondez chacun à votre tour.
- Ces derniers mois, à quel moment tu as senti qu’on était le plus loin l’un de l’autre ?
- Qu’est-ce que tu as perdu ces dernières années, et que je n’ai peut-être pas vu ?
- C’est quoi, le sujet sur lequel on tourne en rond ?
- Une chose qu’on faisait avant et qu’on pourrait refaire dès cette semaine, ce serait quoi ?
- Quand je me ferme, qu’est-ce que tu ressens ?
- Qu’est-ce qui te ferait du bien, le soir, quand on se retrouve ?
Parler avec un couple qui est passé par là
Sur Venna, vous parlez tous les deux pendant une heure, de vive voix, avec un autre couple qui traverse quelque chose de semblable, ou qui l’a déjà traversé. Vous choisissez un thème, comme la communication, la confiance ou l’arrivée d’un enfant. L’application pose les questions et donne la parole à chacun. Personne ne donne son vrai nom. La session n’a lieu que si vous êtes d’accord tous les quatre. Chaque couple raconte ce qu’il a vécu, plutôt que de donner des conseils. Rien n’est enregistré, sauf si vous choisissez tous les quatre une session enregistrée avec un couple d’expérience, et aucune IA n’écoute.
Venna n’est pas une thérapie et ne convient pas aux situations de violence ni aux crises aiguës. Le 3919 écoute les femmes victimes de violences et les témoins, gratuitement, 24 h sur 24. Le 116 006 écoute toutes les victimes, hommes compris, gratuitement, tous les jours de 9 h à 20 h. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112. Si vous ou votre partenaire avez des idées suicidaires, le 3114 répond gratuitement, 24 h sur 24.
Sources
- Shapiro, A. F., Gottman, J. M. et Carrère, S. (2000). The baby and the marriage: Identifying factors that buffer against decline in marital satisfaction after the first baby arrives. Journal of Family Psychology, 14(1), 59–70. Résumé : University of Washington, Good news for expectant couples, 24 octobre 2000.
- The Gottman Institute, P is for Problems, mis à jour le 18 mai 2026.
- Wilde, E., The Four Horsemen: Criticism, Contempt, Defensiveness, and Stonewalling, The Gottman Institute, mis à jour le 12 octobre 2026.
- Service-Public.fr, fiche sur le 3919 et le 116 006 ; 3114.fr (consultés le 18 octobre 2026).
Questions fréquentes
Quels sont les signes d’une crise de couple ?
Vous ne parlez plus que d’organisation : enfants, courses, factures. L’un de vous se sent soulagé quand l’autre n’est pas là, les mêmes disputes finissent toujours de la même façon, ou l’un pense à la séparation sans l’avoir dit. Une infidélité après laquelle la confiance ne revient pas, ou des enfants qui sentent la tension, méritent aussi qu’on s’y arrête.
Crise passagère ou fin de l’histoire : comment savoir ?
Aucun article ne peut répondre à votre place, mais quelques questions aident. Avez-vous encore envie, tous les deux, que ça marche ? Reste-t-il de la tendresse, même enfouie, ou surtout de la rancœur ? Une crise liée à une période précise, comme une naissance ou un déménagement, peut s’apaiser quand cette période se termine, à condition d’en parler en attendant.
L’arrivée d’un bébé peut-elle provoquer une crise de couple ?
Elle secoue souvent le couple. Une étude américaine publiée en 2000 a suivi 82 couples de jeunes mariés : 67 % des femmes devenues mères se disaient moins satisfaites de leur couple qu’au début, contre 49 % de celles qui n’avaient pas eu d’enfant. L’affection, l’intérêt pour la vie de l’autre et le fait de voir les problèmes comme quelque chose à régler à deux protégeaient les couples.
Comment sortir d’une crise de couple ?
Dites ce qui ne va pas calmement, sans accuser, et écoutez avant de vous défendre : « Depuis quand ? » ouvre la conversation. Parlez d’argent à deux, à date fixe, plutôt qu’à chaud. Retrouvez un moment rien qu’à vous deux, court, régulier et sans écran, même si c’est gênant au début.
Que faire si mon conjoint ne veut pas parler de la crise ?
Choisissez un moment calme et parlez de ce que vous ressentez (« tu me manques ») plutôt que de ce que l’autre fait de travers. Proposez un premier pas modeste, comme une soirée à deux ou un seul rendez-vous chez un conseiller. Si l’autre refuse, rien ne vous empêche de consulter de votre côté.
Comment protéger les enfants pendant une crise de couple ?
Gardez vos disputes pour les moments où ils ne sont pas là, et ne leur demandez ni de prendre parti ni de faire passer des messages. Dites-leur, avec des mots de leur âge, que ce sont des histoires de grands et que ce n’est pas de leur faute. Gardez autant que possible leurs habitudes : l’école, les repas, le rituel du coucher.
Quand consulter pour une crise de couple ?
Pas besoin d’être au bord de la rupture : si vous vous reconnaissez dans plusieurs signes, un psychologue, un psychothérapeute ou un conseiller conjugal peut vous aider. S’il y a des violences, la thérapie de couple n’est pas adaptée. Le 3919 écoute les femmes victimes de violences et les témoins, gratuitement, 24 h sur 24 ; en cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112.
À lire ensuite
- Comprendre
Thérapie de couple : comment ça marche et qui consulter
Thérapie de couple : psychologue, psychothérapeute ou conseiller conjugal, ce que ça coûte, si c’est remboursé, et quand ce n’est pas la bonne solution.
6 min de lecture - Comprendre
Dispute de couple : pourquoi ça dérape et comment l’apaiser
Dispute de couple : ce qui envenime un conflit, comment le dire autrement, faire une pause sans fuir, se réconcilier, et quand ce n’est plus une dispute.
Disputes · 7 min de lecture - Histoire de couple
Pardonner une tromperie : une histoire à deux voix
Pardonner une tromperie, est-ce possible ? Une histoire racontée par les deux conjoints, ce que montrent les études, ce qui aide et quand consulter.
Confiance et jalousie · 7 min de lecture