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- Deux
- Découverte
- Un mardi de mars
- La liaison
- Depuis l’automne
- Aujourd’hui
- Un an et demi après
Histoire illustrative : prénoms et détails inventés, à partir de situations fréquentes.
Voici l’histoire d’Élodie et Sébastien, racontée par l’un puis par l’autre.
Élodie et Sébastien, chacun leur tour
C’était un mardi de mars. Sébastien était sous la douche, sa tablette était restée sur le canapé, et les messages s’affichaient dessus. Une collègue de son agence, à Nantes. Ça durait depuis l’automne. Je n’ai rien dit ce soir-là. J’ai couché les enfants, j’ai relu les messages jusqu’à deux heures du matin, et le lendemain je suis allée travailler comme si de rien n’était.
Elle m’a posé la tablette sur la table le mercredi soir, sans un mot. Mon premier réflexe a été de minimiser : « Ce n’est pas ce que tu crois », « C’est fini depuis des semaines ». Ce n’était pas fini. J’ai menti encore deux jours avant de tout dire. Avec le recul, ces deux jours-là lui ont presque fait plus de mal que le reste.
Les premières semaines, je posais des questions en boucle. Où, quand, combien de fois, est-ce qu’elle était venue chez nous. Je voulais tout savoir et en même temps chaque réponse me démolissait. Je dormais mal, je regardais son téléphone dès qu’il vibrait. Ma sœur m’a dit : « Tu le quittes, point. » Je n’étais pas prête à décider quoi que ce soit.
J’ai mis fin à cette histoire par écrit, devant elle, et j’ai demandé à changer d’équipe. Ça n’a rien réparé, mais sans ça, on n’aurait même pas pu en parler. J’ai mis du temps à comprendre que mes « je suis désolé » ne servaient à rien si je m’agaçais à la dixième question sur le même sujet.
On a pris rendez-vous chez une conseillère conjugale en mai. Ce qui a changé, c’est qu’on a fini par parler de l’avant. Pas pour l’excuser. Mais on ne se parlait plus depuis la naissance de notre deuxième, on vivait côte à côte. Ça, je pouvais l’entendre. La liaison, non : c’était son choix à lui.
Un soir de juillet, elle m’a dit : « Je crois que je t’ai pardonné. Je ne te fais pas encore confiance. » Sur le moment, ça m’a vexé. Aujourd’hui, je trouve que c’était la phrase la plus honnête de toute cette année.
Un an et demi après, j’y pense moins. Pas plus d’une fois par semaine, je dirais. Il a gardé l’habitude de me dire où il est sans que je demande. Je ne l’ai pas oublié. Je n’ai plus envie de le lui faire payer, c’est tout.
Ce que dit la recherche
Le Greater Good Science Center de l’université de Berkeley résume ainsi ce que les chercheurs entendent par pardon : ce n’est ni oublier, ni approuver, ni excuser ce qui s’est passé. Pardonner n’oblige pas non plus à se réconcilier. On peut pardonner et partir, ou rester sans avoir encore pardonné.
En 1998, les psychologues Kristina Coop Gordon et Donald Baucom ont décrit le pardon après une trahison dans le couple comme un processus en trois temps, proche de la réaction à un choc : d’abord encaisser, ensuite chercher à comprendre comment c’est arrivé, puis avancer. Pour eux, avoir pardonné, c’est avoir une vision réaliste de la relation, ne plus être mené par la colère contre l’autre, et avoir moins envie de le punir. Rien là-dedans ne demande d’oublier.
Gordon, Baucom et Douglas Snyder ont testé une thérapie construite sur ce modèle avec six couples (2004). La plupart allaient mieux à la fin, et la personne trompée disait avoir davantage pardonné. Six couples, c’est très peu : on ne peut pas en tirer de conclusion. Deux autres études vont dans le même sens. Aux États-Unis, sur 134 couples suivis en thérapie, les 19 touchés par une infidélité allaient plus mal que les autres au début du suivi ; chez ceux qui avaient révélé la liaison avant ou pendant la thérapie, la satisfaction dans le couple a pourtant plus progressé que chez les couples sans infidélité (Atkins et al., 2005). En Allemagne et en Autriche, 145 couples en thérapie pour qui l’infidélité posait problème ont continué à aller mieux jusqu’à six mois après la fin du suivi. À ce moment-là, on ne les distinguait plus des 385 couples venus pour d’autres raisons (Atkins et al., 2010).
Pardonner n’aide pas toujours pour autant. Dans des couples suivis sur plusieurs années, le pardon allait de pair avec une relation plus satisfaisante quand le couple allait plutôt bien, mais avec une relation qui se dégradait dans les couples qui allaient plus mal (McNulty et Fincham, 2012).
Pardonner une tromperie, ce n’est pas oublier
Faut-il pardonner une infidélité ? Personne ne peut le décider à votre place. Si vous choisissez d’essayer, voici quelques repères :
- Le pardon et la confiance ne vont pas au même rythme. Vous pouvez avoir pardonné et avoir encore des doutes. La confiance revient avec des actes répétés, bien plus qu’avec des promesses.
- Il est normal que les mêmes questions reviennent. Dans le modèle de Gordon et Baucom, chercher à comprendre comment c’est arrivé fait partie du pardon. Pour celui ou celle qui a trompé, répondre sans s’agacer compte plus que les grandes déclarations.
- Comprendre n’est pas excuser. Parler de ce qui n’allait pas avant peut aider à reconstruire. La responsabilité de la liaison reste à celui ou celle qui l’a eue.
Ce qui aide, en général :
- que la liaison soit terminée, clairement, et que le contact soit coupé autant que possible ;
- des réponses franches, même difficiles, plutôt que des aveux au compte-gouttes ;
- du temps, sans date limite pour avoir « tourné la page ».
Ce qui n’aide pas :
- exiger un pardon rapide ;
- dire qu’on a pardonné pour éviter de prendre une décision, sans le penser ;
- se servir de la tromperie comme argument dans chaque dispute, des années après.
Quand consulter. Si vous tournez en rond, si les disputes s’enveniment ou si l’un de vous ne va pas bien, une thérapie de couple permet d’en parler avec un professionnel. Notre article sur le psychologue de couple explique qui consulter. Si la personne trompée a du mal à dormir, à manger ou à travailler pendant des semaines, un suivi individuel peut aussi l’aider.
Questions à se poser à deux
- Qu’est-ce qui t’aiderait à croire que je dis la vérité, aujourd’hui ?
- Il y a une question que tu n’oses plus me poser ?
- Qu’est-ce qui n’allait pas entre nous avant, et qu’on n’a jamais dit ?
- Pardonner, pour toi, ça voudrait dire quoi, concrètement ?
- De quoi tu as besoin de ma part ces trois prochains mois ?
- Comment on fait quand ça remonte d’un coup, un soir ?
En parler avec un autre couple
Sur Venna, vous parlez tous les deux pendant une heure, de vive voix, avec un autre couple qui vit la même chose, ou qui est passé par là. Vous choisissez un thème, comme la confiance, et l’application pose les questions et donne la parole à chacun. Personne ne donne son vrai nom, et la session n’a lieu que si vous êtes d’accord tous les quatre. Chaque couple raconte ce qu’il a vécu, plutôt que de donner des conseils. Rien n’est enregistré, sauf si vous choisissez tous les quatre une session enregistrée avec un couple d’expérience, et aucune IA n’écoute.
Venna n’est pas une thérapie, et ce n’est pas adapté si la liaison continue : dans ce cas, commencez par un professionnel. Si la découverte s’accompagne de menaces, de contrôle ou de violences, le 3919 écoute les femmes victimes de violences et les témoins, gratuitement et 24 h sur 24 ; en cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112. Si vous pensez au suicide, appelez le 3114, gratuit et ouvert jour et nuit.
Sources
- Greater Good Science Center, université de Californie à Berkeley, Forgiveness: Defined (consulté le 18 octobre 2026).
- Gordon, K. C. et Baucom, D. H. (1998). Understanding betrayals in marriage: a synthesized model of forgiveness. Family Process, 37(4), 425–449.
- Gordon, K. C., Baucom, D. H. et Snyder, D. K. (2004). An integrative intervention for promoting recovery from extramarital affairs. Journal of Marital and Family Therapy, 30(2), 213–231.
- Atkins, D. C., Eldridge, K. A., Baucom, D. H. et Christensen, A. (2005). Infidelity and behavioral couple therapy: optimism in the face of betrayal. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 73(1), 144–150.
- Atkins, D. C., Marín, R. A., Lo, T. T., Klann, N. et Hahlweg, K. (2010). Outcomes of couples with infidelity in a community-based sample of couple therapy. Journal of Family Psychology, 24(2), 212–216.
- McNulty, J. K. et Fincham, F. D. (2012). Beyond positive psychology? Toward a contextual view of psychological processes and well-being. American Psychologist, 67(2), 101–110.
- Service-Public.fr, fiche sur le 3919 ; 3114.fr (consultés le 18 octobre 2026).
Questions fréquentes
Faut-il pardonner une infidélité ?
Personne ne peut le décider à votre place. Pardonner n’oblige pas à se réconcilier, et on peut aussi rester sans avoir encore pardonné. Si vous choisissez d’essayer, sachez que le pardon et la confiance ne vont pas au même rythme : la confiance revient avec des actes répétés, bien plus qu’avec des promesses.
Pardonner, est-ce que ça veut dire oublier ?
Non. Le Greater Good Science Center de l’université de Berkeley rappelle que pardonner, ce n’est ni oublier, ni approuver, ni excuser. Pour les psychologues Kristina Coop Gordon et Donald Baucom, avoir pardonné, c’est avoir une vision réaliste de la relation, ne plus être mené par la colère et avoir moins envie de punir l’autre.
Combien de temps faut-il pour pardonner une tromperie ?
Il n’y a pas de délai. Gordon et Baucom décrivent le pardon après une trahison comme un processus en trois temps : encaisser le choc, chercher à comprendre comment c’est arrivé, puis avancer. Mieux vaut ne fixer aucune date limite pour avoir « tourné la page », et ne pas exiger un pardon rapide.
Est-ce normal de reposer sans cesse les mêmes questions après une tromperie ?
Oui. Dans le modèle de Gordon et Baucom, chercher à comprendre comment c’est arrivé fait partie du pardon. Pour celui ou celle qui a trompé, répondre franchement et sans s’agacer compte plus que les grandes déclarations, et des réponses franches valent mieux que des aveux au compte-gouttes.
Qu’est-ce qui aide à reconstruire la confiance après une tromperie ?
Que la liaison soit clairement terminée et le contact coupé autant que possible. Des réponses franches, même difficiles, et du temps. Ce qui n’aide pas : exiger un pardon rapide, dire qu’on a pardonné sans le penser, ou ressortir la tromperie dans chaque dispute, des années après.
La thérapie de couple aide-t-elle après une infidélité ?
Les quelques études disponibles vont dans ce sens. En Allemagne et en Autriche, 145 couples en thérapie pour qui l’infidélité posait problème ont continué à aller mieux jusqu’à six mois après la fin du suivi ; on ne les distinguait alors plus des couples venus pour d’autres raisons (Atkins et al., 2010). Pardonner n’aide pas toujours pour autant : dans les couples qui allaient plutôt mal, le pardon allait de pair avec une relation qui se dégradait (McNulty et Fincham, 2012).
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